Peinture intuitive ou « Abstraction lyrique »

« Il n’y a pas de « il faut » en art. Celui-ci est éternellement libre. L’art fuit devant le « il faut » comme le jour devant la nuit »

                                                                  Vassily Kandinsky

Pour Vassily Kandinsky et pour tous les peintres expressionnistes du début du XXème siècle, on ne réalise pas des œuvres par obligation et pour plaire à ceux qui sont attachés aux notions esthétiques, aux canons subjectifs de forme et de beauté. Ces dernières viennent entraver la liberté de l’artiste dont la véritable vocation est d’exprimer ce qu’il ressent et ce qu’il perçoit du monde, de son point de vue intérieur. Car là est la véritable source première d’expression. A quoi sert en effet de chercher à représenter l’extérieur (qui ne sera jamais qu’une pâle copie de ce que le peintre voit) et ce, pour plaire à Pierre, Paul, Jacques ?! Non, pour Kandinsky, père de l’abstraction, l’essentiel pour l’artiste est de puiser en lui et de se connecter à son âme, à ce qu’il a de plus profond en lui. Lorsqu’il écrit son traité « Du spirituel dans l’art », il n’hésite pas à présenter l’artiste comme celui qui a pour tâche et pour mission d’entraîner l’humanité vers le haut, par l’exercice de son talent. Il explique que lorsqu’on regarde les couleurs sur les toiles des peintres inspirés, un double effet se produit : le premier, purement physique est celui de l’œil charmé par la beauté des couleurs qui provoque une impression de joie comme, dit-il, lorsque l’on mange une friandise ! Mais cet effet peut être beaucoup plus profond et entraîner une émotion accompagnée d’une vibration de l’âme, voire une résonnance intérieure qui est un effet purement spirituel par lequel la couleur, en effet, atteint l’âme de celui qui contemple le tableau. Ainsi, Cézanne, Gauguin avaient ouvert la voie de l’expressionnisme, mais Vassily Kandinsky est le premier à écrire un traité théorique (1911) dans lequel il unit clairement peinture et spiritualité.

La peinture intuitive (ou « Abstraction lyrique ») qu’explorent beaucoup de peintres actuellement, et que je découvre à mon tour depuis six ans, avec jubilation, rejoint à bien des égards, la conception spirituelle de Vassily Kandinsky. Il s’agit en effet pour l’artiste de se connecter à sa propre vibration, dans un état méditatif, pour peindre en étant pleinement en harmonie avec son chant intérieur. Cette façon d’expérimenter la création est à ce titre, simple et vraie. Car par son acte créateur, il canalise ce que son être profond lui inspire. Cette peinture, toute intuitive, s’expérimente dans le lâcher prise total (comme le font d’ailleurs naturellement les enfants) qui s’accompagne d’un abandon de tout jugement et d’une confiance absolue en ses propres capacités créatrices. La création de l’œuvre s’exerce par la guidance intérieure, l’artiste faisant table rase de toutes les règles, de tous les codes académiques. Il s’agit, surtout, de se déconnecter de son mental et de ne pas s’embarrasser d’une quelconque volonté de plaire à qui que ce soit. L’artiste doit simplement suivre son inspiration profonde. C’est un acte de foi.

D’où l’expression d’« artiste prophète » souvent utilisée à juste titre, quand il s’avère que ce dernier, se laissant guider par son « moi intérieur », révèle sur la toile des événements en devenir, des vérités cachées ou des êtres lumineux, que l’œil du commun des mortels n’a pas l’habitude de percevoir dans son quotidien…

Cette peinture est donc à bien des égards, spirituelle. On pourrait même aller jusqu’à dire qu’elle rejoint « l’Essence-Ciel » !

Suite céleste, acrylique sur toile, 27x35, 2015